La crise économique en Iran : la révolution se prépare

Mais pourquoi personne n’en parle?

Inflation à 22%, le prix de la farine multiplié par quarante en quelques mois, plan de suppression des subventions gouvernementales sur les produits énergétiques, qualifié de « chirurgie économique » par le président Mahmoud Ahmadinejad, l’Iran est en fait économiquemnt défiguré par le régime, bien évidemment pour des fins budgetaires en faveur de l’armement. La population est à l’agonie… seule conséquence positive ? Le fait que l’argent n’ait pas de religion, ne dessine aucune frontière idéologique, et donc constitue ciment unifiant. Si les manifestations de 2009 ont réellement montré aux yeux du monde entier que l’actuel régime iranien n’a pas le soutien de la population, on pouvait encore trouver quelques voix pour innocenter Mahmoud Ahmadinejad, quelques voix s’élever par intérêt en sa faveur, quelques voix dont la haine pour l’occident étatiquement innoculée les fait défendre du haut de leur endoctrinement, les dignitaires du régime… seulement là, tous égaux face à la faim qui tenaille le corps.

Comment se manifeste cette crise dont les medias ne parlent étonnamment pas, attendant le caractère spectaculaire de l’explosion qui passe apparemment mieux à l’image ?

Le régime a décidé, pour rétablir par ailleurs de réelles difficultés économiques relatives aux caisses de l’Etat, de s’attaquer à ce qui lui valait le soutien des populations les plus pauvres et les plus nécessiteuses : les matières premières. Il faut savoir que jusqu’alors, les prix de certaines denrées vitales, ou de certaines matières premières étaient maintenues au plus bas de façon artificielle par l’Etat, ce qui n’a pas été sans conséquence à la longue, et les effets pervers d’une telle entreprise consistant à remplir les estomacs pour étouffer les gorge poussent depuis quelques jours le régime à prendre des mesures économiques dramatiques pour la population.

Commençons par l’essence, puisque c’est à ce produit qu’on pense généralement quand on considère l’Iran. Il faut savoir que si les sous-sols iraniens regorgent de pétrole, le pays ne sait le raffiner pour en faire de l’essence. Le pétrole est donc exporté (en Inde, par exemple) puis ré-importé sous sa forme raffinée… et cette opération est coûteuse. Soit, en quoi consiste les nouvelles mesures économiques entreprises par l’Etat concernant le pétrole ? Le communiqué officiel affirme que le prix du quota de 60 litres d’essence par mois accordé à chaque véhicule est passé de 0,10$ le litre à 0,40$. Au-delà de ce quota de 60 litres mensuels à 0,40 $, le litre coûte 0,70$, soit une augmentation de 75%. Le prix du gazole, lui, est multiplié par neuf, (le litre coûte désormais 0,150$, alors qu’il était à 0,0165$).
Pour ce qui concerne les prix de l’électricité, de l’eau et du gaz, ils sont multipliés par un chiffre allant de trois à cinq en fonction des revenus. “Ceux qui consommeront moins dépenseront moins”, selon Mohammad Reza Farzin, porte-parole du plan. La catégorisation de la population en fonction des revenus est un critère qui entre pourtant en jeu en amont du processus et non en aval : les différences de prix doivent être rétablies après un paiement à la même enseigne, par une redistribution qui elle-même ne se fait qu’après une ponction réalisée par l’Etat qui se sert au passage. Contrairement aux dires du porte-parole du plan, tout le monde est perdant… sauf l’Etat !

Alors il est vrai qu’étant donné l’état des caisses de l’Etat, cette réforme était devenue indispensable… mais là encore, la population paie les erreurs d’un régime qui avait maintenu un prix de l’essence plus bas que celui de l’eau par populisme. Aura-t-elle assez d’argent pour payer les pots cassés ? Réalise-t-elle, seulement maintenant qu’elle est prise à la gorge, que non seulement l’entreprise artificielle de maintien des prix du pétrole a des effets dramatiques sur l’économie du pays, mais qu’en plus, le processus d’exportation/raffinement/importation, permettait – apparemment trop légèrement ! – de remplir les poches de Pasdarans responsables des douanes ? Comme le dit bien l’économiste Fereydoun Khavand, professeur d’économie à Paris V, « ce n’est que grâce aux revenus du pétrole, dont l’exportation a rapporté à l’Iran, en 2010, près de 80 milliards de dollars, que le gouvernement Ahmadinejad peut toujours se maintenir ».

Ce qui est particulièrement intéressant ici, réside dans le fait que sans ces subventions, le régime ne saurait se maintenir, et qu’avec ces subventions… le régime ne saura se maintenir face à un dispositif qu’il a lui-même établi, et qui étouffe littéralement la population. Le régime extirpe de force l’argent nécessaire à l’achat de sa propre sépulture pour ne pas avoir à se la voir offrir; le régime le sait bien… c’est pour cette raison que les forces de l’ordre ont été préparées à écraser tout mouvement de protestation populaire potentiel : le 18 décembre 2010, chaque lieu d’influence de la capitale était sous la supervision de forces anti-émeute déployées en surnombre. Il était peut-être un peu tôt pour que la population élève la voix. Pas d’incident majeur ne s’est alors déclaré.

Les économistes iraniens, comme Fariborz Raïsdana, qui ont osé mettre le doigt sur le problème, avec pourtant toute la verve propre à la neutralité universitaire, ont très vite été victimes d’arretations, voire de disparitions. M. Raïsdana, arrêté à son domicile le 19 décembre dernier, a seulement expliqué par téléphone à BBC persian que « Les conséquences de cette politique (celle des réformes) à long terme vont à l’encontre du peuple. Mais le gouvernement dispose d’outils pour lutter contre le mécontentement. Quels sont-ils ? Actuellement 40 000 toumans(40 dollars) sont versés à chaque individu (redistribution aux populations défavorisées comme expliqué plus haut). Demain, ils vous menaceront de ne plus vous verser cette somme. Demain, si vous ne vous rendez plus aux urnes, ils cesseront de vous payer ». L’économiste a lui-même incarné l’exemple le plus illustrateur de ses propres analyses.

Et la population ? Aujourd’hui, elle est l’ombre d’un éclatement. Les langues se délient avec assurance autour de l’idée de vagues de révoltes très prochaines. Les familles déconseillent à leurs enfants résidant à l’étranger de revenir au pays pour l’été, « ce sera comme l’année dernière, mais plus fort encore, parce que plus personne n’a quoi que ce soit à perdre ».

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