« La société iranienne n’a plus peur de Dieu », interview d’Amélie M. Chelly par Gaïdz Minassian

©Pascal Béliard

LE MONDE | 16.05.2017 à 06h39 • Mis à jour le 16.05.2017 à 07h09 |Propos recueillis par Gaïdz Minassian

ENTRETIEN. Professeure de philosophie, sociologue et experte du chiisme et des islams politiques, Amélie M. Chelly est chercheuse associée au Centre d’analyse et d’intervention sociologique (Cadis, EHESS-CNRS). Rattachée à l’Observatoire des radicalisations, à Paris, elle travaille sur le processus de radicalisation islamiste chez les femmes occidentales. Elle vient de publier Iran, autopsie du chiisme politique (Cerf, 384 p., 24 €).

Le 19 mai, les Iraniens vont se rendre aux urnes pour élire leur président. Quel regard portez-vous sur la campagne électorale et la société civile iranienne ?

Depuis l’élection du président Hassan Rohani, la société iranienne a renoué avec la participation citoyenne et l’espoir. N’oublions pas que la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, en 2009, avait été considérée comme une confiscation du vote populaire.

L’année 2009 avait accouché de deux tendances au sein de la société. D’un côté, une « jeunesse dorée » qui s’est affirmée dans son rejet de la politique et qui constitue une société du détournement et de la consommation ; cette jeunesse – deux Iraniens sur trois ont moins de 40 ans ! – s’étourdit dans une « idée neuve du bonheur », à l’occidentale, une vie de consommation assumée.

De l’autre, une jeunesse qui a hérité des apports de feu le « mouvement vert » : émergence de la société civile par l’utilisation politisée des réseaux sociaux. La société civile est un contre-pouvoir dont le régime ne peut plus faire l’économie. Si la République islamique a su investir de 1979 à 1989 les moindres recoins des sphères publique et privée, la théocratie iranienne est aujourd’hui très hétérogène.

Justement, le président Hassan Rohani jouit-il d’une réelle popularité dans le pays ?

En dehors des premières années de la révolution, les présidents de la République islamique ont tous effectué deux mandats consécutifs. D’où la stabilité de l’exécutif. On peut attribuer cette « tradition électorale » à une culture politique « long-termiste », la durée étant associée, en Iran, à la noblesse et à la magnanimité.

La réélection d’Hassan Rohani est une option sérieuse pour trois raisons. D’abord, sous sa présidence, la sécurité de la population a pu être garantie dans le contexte menaçant à l’égard de l’Iran chiite qu’on connaît dans la région. Ensuite, il incarne l’ouverture, celle-là même à laquelle la population aspire depuis des années.

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