David Vallat : « Je ne dédouane pas ma religion de ses errements et dérives »

article du Progrès : http://www.leprogres.fr/rhone-69-edition-est-lyonnais/2018/03/03/est-lyonnais-david-vallat-s-active-contre-l-islam-radical-mais-sans-moyens-ni-structure

David Vallat : « Je ne dédouane pas ma religion de ses errements et dérives »
Ex-djihadiste devenu républicain acharné, David Vallat déconstruit la doctrine islamiste. Cet habitant de l’est lyonnais se bat contre la radicalisation, sans structure ni financements. Rencontre.

David Vallat, 46 ans, est un ancien djihadiste. Réinséré dans la société, il est devenu un républicain acharné qui oppose un contre-discours ciselé à la rhétorique islamiste. Connaissant « l’univers mental » de l’islam radical, il assure que son expérience et ses connaissances sont sous-utilisées pour lutter contre l’islamisme et le djihadisme.

Ses prises de position lui valent des menaces de mort. Nous ne connaîtrons pas son lieu de résidence dans l’est lyonnais.

David Vallat est musulman mais rejette l’islam politique et son « infiltration de la société ». Pour lui, les doctrines wahhabite, salafiste et celle des Frères musulmans sont des ennemies de la République. Il est très actif sur Facebook et Twitter.

Pouvez-vous vous présenter ?

« Je suis né à Saint-Priest, d’une mère du cru local et d’un père inconnu. Je suis le pur produit de l’école républicaine laïque et gratuite. Ma mère ne nous a rien transmis de croyance, si ce n’est le respect de nos professeurs. Elle nous a élevés avec les minima sociaux. Ce qui explique que je sois de gauche mordicus, mais la vraie. »

La vraie gauche ?

« Celle qui n’oublie pas d’émanciper les masses de la férule des prélats. »

Pourquoi refusez-vous le qualificatif de « repenti » ?

« Le repenti est celui qui fait œuvre de contrition ou fait amende honorable. Il y a en face du repentir la notion du pardon, que l’on accorde, ou pas, à celui qui se repent. Je ne demande pardon à personne et personne n’a à me l’accorder ou non. J’ai été arrêté, mis en examen, puis condamné. Il y a dans ce pays l’autorité de la chose jugée. Et sur cette partie de ma vie, je suis quitte de ma dette envers la nation française. »

Vos amis sur Facebook ont ouvert une cagnotte Leetchi. Le but est-il de vous aider à poursuivre vos interventions en prisons etc ?

« C’est pour partie le cas mais c’est essentiellement pour me permettre de me renflouer financièrement. Je me suis mis dans une situation financière très délicate en pensant que l’Éducation nationale, le ministère de la Justice, de l’Intérieur, même le ministère des Affaires étrangères investiraient sur moi… »

Dans quel sens ?

«Je pourrais aider à former le personnel de la pénitentiaire en première ligne de la radicalité, les agents du renseignement pour comprendre où se situe le double discours dans des appels au djihad qui n’en sont pas sur la forme mais bien sur le fond, conseiller nos politiques s’agissant de ne pas nous pondre un énième conseil représentatif des musulmans sunnites. Si je devais conseiller le Président de la République je dirais : la loi et rien que la loi. On n’est pas là pour dire si telle pratique est orthodoxe ou pas en islam… Puisque je ne suis pas dans la doxa du « pas d’amalgame » mon discours n’est pas politiquement correct. Il effraye les politiques parce que je ne dédouane pas ma religion de ses errements et dérives […] Les Frères musulmans, qui se présentent comme les réformateurs, sont les premiers à tomber à bras raccourcis sur toute critique objective de cette religion. Comment faire la prétendue réforme alors qu’on ne peut pas critiquer ce qui est objectivement dans le texte.»

L’islam doit-il se réformer de l’intérieur ?

« Les musulmans doivent réformer leur rapport à l’islam. L’islam n’est pas réformable… Tout ce que vous accordez aux islamistes est définitivement perdu mais servira de base à la prochaine revendication. Un exemple : dans le droit islamique, le voile est une protection pour les femmes mais une fois qu’elles seront toutes voilées on va nous dire qu’elles ont l’interdiction de voyager seules car il reste quand même des pervers dans les rues, il leur faudra des chaperons. Voiler les femmes est un acte éminemment politique… Pareil pour le halal. »

Pourquoi continuer de vous impliquer malgré les problèmes financiers et la surdité des politiques ?

« Parce qu’il faut le faire. Si mes concitoyens n’entendent pas un citoyen musulman faire le clair de la situation, l’amalgame sera fait. Qu’on entende un discours qui rassemble. Il y a des musulmans, citoyens avant tout, qui eux-mêmes condamnent cette dérive… Nous allons tomber dans le piège que nous tendent les islamistes, à savoir nous battre entre Français pour des raisons religieuses alors qu’on a bien d’autres problèmes à régler. »

Vous n’avez pas les moyens de vos actions ?

« Exactement. J’en suis à devoir payer mon loyer pour ne pas me faire expulser. Je ne suis pas financé par le Qatar ou porté aux nues par les autorités pour intervenir dans les collèges. »

Comment communiquez-vous ?

« Facebook est mon seul moyen d’expression, sur mon téléphone car je n’ai pas de réseau internet à la maison. »

Islam/islamisme. Quelle est la différence selon vous ?

« Elle est très simple. Une avocate tunisienne répondait que le musulman est celui qui s’occupe de son lien à dieu, l’islamiste est celui qui s’occupe de notre lien à dieu. Le premier a une posture relevant de l’état d’esprit, le second a une posture, ou une imposture, sociale. Le premier sait que sa religion lui explique le pourquoi du monde et l’islamiste prétend que sa religion explique le comment du monde. Je prône la liberté de croyance telle que nous le garantit notre constitution et l’islam spirituel a toute sa place dans notre République. »

La méconnaissance de l’islam par certains Français issus de l’immigration n’est-elle pas liée à un phénomène d’acculturation ?

« Bien souvent, ce n’est pas un manque de culture mais un manque de transmission de l’histoire familiale. On a des gamins qui ne savent pas par quoi sont passés leur père et leur mère mais qui ont besoin de s’inscrire dans une lignée familiale. Donc, ils vont projeter la lecture que leur donnent les Frères musulmans du parcours classique “du musulman ” ».

Parfois, on vous qualifie de véhément ou radical… ?

« Si ne pas valider des aberrations signifie être orgueilleux et véhément, je l’assume parce qu’au bout d’un moment on ne peut pas tout relativiser. »

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